Louise-Élisabeth Vigée, épouse Lebrun, dite Madame Vigée-Lebrun (1755-1842), fut une artiste peintre d’exception, reconnue comme étant l’égale de Quentin de La Tour (1704-1788) ou de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Grâce à son talent, Louise-Elisabeth connut une carrière fulgurante et époustouflante : elle fut la portraitiste la plus courue de son temps, allant jusqu’à réaliser le portrait de la reine Marie-Antoinette d’Autriche!

Découvrez ci-dessous le portrait de cette femme de génie réalisé par Pauline Pons, experte en histoire de l’art !

Louise-Elisabeth Vigée- Lebrun (1755-1842)  « Peindre sans jamais désemparer »

Louise-Elisabeth Vigée- Lebrun fut la peintre favorite de la reine Marie-Antoinette.

Son rang social modeste et l’absence de toute formation artistique familiale ne la prédestinaient pas à cette reconnaissance suprême.

Participant aux derniers feux de l’Ancien Régime en tant que portraitiste adulée par toute la haute société, son ascension, jusque dans les cours européennes, mérite qu’on s’y attache.

Figure exemplaire de la confiance en soi, Madame Vigée-Lebrun triomphe de tous les obstacles de son temps, ô combien troublé, et demeure, jusqu’à la fin de sa longue vie, une artiste recherchée et résolument libre.

« Naissance d’une vocation »

« Je vous parlerai d’abord, chère amie, de mes premières années, parce qu’elles ont été le présage de toute ma vie, puisque mon amour pour la peinture, s’est manifesté dès mon enfance. » [1]

C’est en ces termes qu’Elisabeth Vigée-Lebrun présente dans ses Souvenirs, publiés en 1835, sa vocation de peintre.

Son amour pour la peinture remonte à l’âge de ses six ans, lorsque, mise au couvent, elle dessine avec obstination de petites têtes, de face ou de profil, au crayon ou tracées au charbon sur ses cahiers comme sur les murs du dortoir.

De retour dans la demeure familiale, à onze ans, Elisabeth peut s’adonner au plaisir du pastel auprès de son père, portraitiste et professeur à l’Académie de Saint-Luc[2]. Ce dernier semble tout disposé à lui enseigner la peinture. Grâce à lui, elle côtoie artistes et hommes de lettres.

Mais celui qui devait lui montrer la voie meurt accidentellement alors qu’Elisabeth n’a que douze ans.

Dans un siècle où la carrière de peintre n’est envisageable pour aucune femme, la vocation d’Elisabeth aurait pu disparaître définitivement avec ce drame.

 

« Je n’ai jamais eu de maître à proprement dit »[3]

Dévastée par le chagrin, Elisabeth renonce momentanément à peindre. Pourtant, Gabriel-François Doyen, artiste et ami de la famille, l’incite à exécuter des portraits d’après nature, au pastel et à l’huile. Au Palais du Luxembourg, la fréquentation des tableaux des plus grands maîtres ravive peu à peu sa passion pour la peinture. C’est ici que sa formation débute dans un face à face avec les œuvres de Rubens, Rembrandt ou Van Dyck.

Elle se souvient dans ses mémoires des conseils du grand Joseph Vernet : « Mon enfant, ne suivez aucun système d’école »[4]. Elisabeth n’a jamais eu de maître et n’en aura jamais. Semblable à une abeille qui butine des connaissances et des souvenirs utiles à son art, l’adolescente entend bien s’imposer comme peintre à son tour.

A quinze ans, Elisabeth a développé un talent qui lui vaut ses premiers succès en peinture. Désormais elle gagne assez d’argent pour entretenir sa mère et son petit frère. Sa grande sociabilité lui ouvre bientôt les portes des Salons et lui vaut la protection de deux dames très fortunées,  Mme de Verdun, épouse d’un fermier général et surtout  Louise Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, épouse du duc de Chartres.

La reconnaissance officielle ne tarde pas. Dès 1774, elle est reçue à l’Académie Saint-Luc. En 1775, D’Alembert lui fait savoir qu’elle est admise aux séances publiques de l’Académie Française.[5]

Lorsqu’elle épouse un marchand de peintures, Jean-Baptiste-Pierre Lebrun, les commandes redoublent. C’est bientôt le tout Paris qui veut un portrait de Madame Vigée Lebrun. Les séances de pose se déroulent chez elle dans un climat de confiance et de grande gaieté. Rien ne semble désormais la détourner de son art : ni les médisances de ses rivaux, jaloux de son succès, ni les excessives dépenses de son mari, noceur incorrigible.

La consécration

La consécration a lieu en 1779, lorsqu’Elisabeth fait pour la première fois le portrait de la reine Marie-Antoinette alors dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté.

A nouveau, la personnalité d’Elisabeth permet de comprendre cette ascension fulgurante. Son caractère à la fois heureux et déterminé mais aussi sa fidélité et sa probité lui valent l’amitié de la reine. Les deux femmes partagent au même moment la joie de la maternité. Tout se passe comme si le peintre et son modèle parvenaient à s’extraire des contraintes de l’étiquette en éprouvant l’une pour l’autre une affection respectueuse. Fascinée par la peau d’une blancheur diaphane sans égale de Marie-Antoinette, Elisabeth doit trouver la teinte idéale. Elle travaille sa palette sans relâche. Le succès est total.

Plusieurs portraits de la reine, seule ou avec ses enfants, s’ensuivent. Le roi, lui-même, semble touché par la grâce de ces peintures qui lui présentent une épouse à la fois digne et intime, noble et sensible. Elisabeth a su dépasser les règles étouffantes du portrait d’apparat pour révéler la personnalité de la reine.

En cela, elle fait preuve de modernité, puisqu’elle renonce aux portraits officiels dont la fonction première était de rendre compte de l’appartenance sociale élevée des commanditaires.

Autre fait notable de la carrière d’Elisabeth : son entrée à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Sous l’Ancien Régime, seules trois femmes ont pu y être admises. Le soutien de Marie-Antoinette, traduit par un ordre de Louis XVI, lui permet ainsi de contrer la volonté de Pierre, premier peintre du roi.

La concurrence avec ses homologues masculins est rude et ne cessera jamais de l’être.

Lorsque la Révolution gronde, Elisabeth décide de fuir la France, avec sa fille, car sa vie est en danger. Trop de nobles ont honoré son art et son amitié. Commence alors son fameux périple en Italie, suivi d’un voyage en Autriche et en Russie. Dans toutes les cours européennes, elle est reçue triomphalement.

Fidèle à la monarchie, celle qui fut la peintre attitrée de la Reine, garde ses distances à son retour en France, avec le nouveau pouvoir impérial.

Ses mémoires, dont nous avons retranscrit quelques extraits ici, illustrent une personnalité qui n’a jamais renoncé à ses aspirations. En ayant traversé l’une des périodes les plus troubles de notre histoire, Elisabeth nous invite à nous faire confiance et par dessus tout à ne jamais laissé s’éteindre la flamme qui nous anime.

Pauline Pons

[1] Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs, tome 1. 1755-1789, Saint-Didier Vaucluse, Editions l’Escalier, 2010, p.9.

[2] Monsieur Vigée voit en sa fille des dispositions particulières pour la peinture : « Tu seras peintre, mon enfant, ou jamais il n’en sera » ibid., p.10.

[3] Ibid., p. 16.

[4] Ibid., p. 16.

[5] Elisabeth a offert deux portraits à l’Académie Française, d’après des gravures, l’un du cardinal de      Fleury, l’autre de La Bruyère.

photoPaulinePauline Pons : Historienne de l’art de formation. Trois années au Service Culturel du Musée du Louvre en tant que chargée des Publics et coordinatrice d’expositions au Grand Palais (1996-1999). Intervenante à l’Ecole Centrale de Paris, à l’Agro Paris Tech et à l’ESCP Europe sur des thématiques artistiques en lien avec des thématiques managériales (à partir de 2000). Professeur d’histoire de l’art en écoles d’arts appliqués (Ecole Boulle…) depuis 2006. Consultante pour la réalisation de séminaires en entreprises et formatrice auprès des managers et dirigeants de Germe et de l’APM sur le thème de l’innovation et de la créativité, depuis 2007.

Co-auteure du livre « Comment distinguer un chef d’œuvre d’une croûte ? » aux Editions Palette… paru en 2013.

Depuis 2012 : animations de voyages culturels sur mesure pour entreprises.

Peindre sans jamais désemparer